Restaurer les tourbières acides : l’étrépage, un coup de pouce à la nature
Le Parc naturel régional des Ardennes est animateur de plusieurs sites Natura 2000, dont certains abritent des habitats naturels caractéristiques des milieux tourbeux acides et pauvres en nutriments, ainsi que des espèces patrimoniales associées.
Mais ces habitats sont fragiles. Parmi les principales menaces identifiées dans les Documents d’Objectifs (DocOb) des sites Natura 2000 figure notamment la fermeture progressive des milieux.
Quand la forêt gagne du terrain
Au fil du temps, les espaces ouverts peuvent progressivement se couvrir d’arbustes puis d’arbres. Cette végétation ligneuse modifie les conditions du milieu et peut entraîner la disparition progressive des plantes caractéristiques des tourbières et des landes humides.
Pour préserver ces habitats et les espèces qui leur sont associées, différentes actions de gestion et de restauration écologique peuvent être mises en œuvre : entretien des milieux ouverts, création ou restauration de mares, mais aussi étrépage.
L’étrépage, qu’est-ce que c’est ?
L’étrépage consiste à retirer une faible épaisseur de sol et de végétation sur des secteurs ciblés.
L’objectif est de rouvrir le milieu et permettre la germination des graines et le développement de certaines espèces qui supportent difficilement la concurrence d’autres plantes. Ces plantes, capables de coloniser rapidement des milieux ouverts, sont appelées espèces pionnières.
Réveiller une « banque de graines » naturellement présente dans le sol
Les secteurs où sont réalisés les étrépages ne sont pas choisis au hasard. Ils correspondent à des zones où les espèces recherchées étaient historiquement présentes ou dont les conditions écologiques sont favorables à leur retour.
Le sol peut en effet conserver pendant plusieurs années, voire beaucoup plus longtemps, des graines issues de la végétation passée. Cet ensemble de graines naturellement présent dans le sol est appelé « banque de graines ».
En retirant la couche superficielle de végétation et de sol, l’étrépage permet de modifier les conditions du milieu et de rendre cette banque de graines à nouveau favorable à la germination.
L’étrépage permet ainsi de révéler un potentiel naturel déjà présent dans le sol et de favoriser l’expression d’une végétation rare, menacée et caractéristique des tourbières acides.
Des espèces remarquables à favoriser
Les opérations réalisées visent notamment à favoriser plusieurs espèces végétales remarquables des tourbières acides, parmi lesquelles :
- le Lycopode inondé
- la Droséra intermédiaire
- le Rhynchospore blanc
- le Lycopode en massue

Lycopode inondé (Lycopodiella inundata). Photo : Christian Fischer — Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0

Droséra intermédiaire (Drosera intermedia). Photo : Hajotthu — Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0
Des travaux menés en septembre
Afin de favoriser le retour de ces espèces et de restaurer les conditions favorables aux habitats de tourbières acides, plusieurs opérations de gestion écologique ont été réalisées en septembre sur un site Natura 2000.
Ces travaux ont été réalisés par l’Office national des forêts (ONF), en lien avec le Parc naturel régional des Ardennes.
Pendant deux jours, une pelle mécanique est intervenue sur différents secteurs pour réaliser plusieurs étrépages ciblés et le creusement de plusieurs mares, notamment favorables aux amphibiens.
Après les travaux, place à la nature !
Les secteurs étrépés sont particulièrement fragiles dans les premiers temps qui suivent les travaux. Le piétinement peut dégrader la structure du sol et perturber la recolonisation végétale.
Pour permettre à ces milieux de se régénérer, il est donc essentiel de rester sur les sentiers et de ne pas pénétrer dans les zones restaurées.
Et maintenant ?
Les travaux ne constituent que la première étape.
Les zones étrépées seront inventoriées sur les années à venir afin d’observer la recolonisation et vérifier la réapparition des espèces ciblées.
Aurélien BATAILLE
Chargé de mission Natura 2000
03 24 42 90 57
Vous aimerez aussi


















